Ventilatory Strategies Training (VST) : Quand la Respiration Devient un Levier de Performance
- cyrilricci
- 9 févr.
- 4 min de lecture
Ventilatory Strategies Training (VST) : Quand la Respiration Devient un Levier de Performance
Et si la clé de la performance résidait dans quelque chose d'aussi simple que la façon dont nous ventilions ? Le protocole Ventilatory Strategies Training (VST) démontre qu'il est possible d'optimiser significativement l'efficience respiratoire à l'effort.
Retour sur une étude de cas de 2,5 mois qui révèle des résultats spectaculaires.
Le Problème : Une Respiration Inefficace à l'Effort
À haute intensité, la plupart des athlètes adoptent spontanément une respiration rapide et superficielle. C'est une réponse naturelle au stress physiologique, mais elle est loin d'être optimale.
Pourquoi ce pattern est-il problématique ?
· Augmentation de l'espace mort ventilatoire : plus la fréquence respiratoire est élevée, plus l'air dans les voies aériennes supérieures (qui ne participe pas aux échanges) représente une part importante.
· Recrutement alvéolaire sous-optimal : respiration superficielle = seuls les sommets pulmonaires travaillent, alors que les bases sont mieux vascularisées.
· Coût énergétique élevé : les muscles respiratoires consomment jusqu'à 15-20% de l'oxygène total en HIT chez les athlètes d'élite.
· Instabilité du tronc : en effort de force, le diaphragme stabilise le tronc. Une respiration rapide compromet cette fonction.
La Solution : Le Protocole VST
Le Ventilatory Strategies Training consiste dans sa partie “strategies Ventilatoires” à entraîner consciemment un pattern ventilatoire optimisé individuellement lors de différents monitoring : adapter la fréquence Ventilatoitre (Rf) et le volume courant (Tv) en fonction de la puissance (P).
On parle de I Rf, I Tv, I TvR
Pour aller plus loin sur ce protocole, veuillez lire les études ci dessous :
Ricci, C., & Bouverot, Z. (2025). Effects of Respiratory Muscle Training and Ventilatory Strategies on the Performance of Professional Cyclists. Zenodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.16645438
Ricci, C., & Bouverot, Z. (2025). Ventilatory Strategies : A New Dimension of Sports Performance. Zenodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.17657685
L'Étude de Cas : 2,5 Mois de VST
Protocole
Athlète : cycliste professionnel (62 kg), entraînement contraste force-vélocité
Durée : 2,5 mois (21 novembre 2025 → 3 février 2026)
Mesures : Rf, Tv, Ve, VO₂, FC, Puissance,
Résultats en Endurance (VT1)
Paramètre | Novembre | Février |
Rf (cycles/min) | 26,1 | 19,0 (-27%) |
Tv (L) | 2,65 | 3,37 (+27%) |
Ve (L/min) | 67,2 | 62,3 (-7%) |
Ve/VO₂ (ratio) | 1,41 | 1,28 (-9%) |

Figure 1 : Évolution des paramètres respiratoires en endurance (VT1)
Analyse : Un Transfert Remarquable
Ces résultats révèlent un phénomène d'apprentissage moteur respiratoire.
Le pattern "lent et profond", initialement appliqué consciemment, est devenu le pattern par défaut de l'athlète.
Transfert d'apprentissage massif
La respiration naturelle (sans stratégies) montre une amélioration spectaculaire :
· Rf : -27% (de 26,1 à 19,0 cycles/min)
· Tv : +27% (de 2,65 à 3,37 L)
L'athlète ventile désormais naturellement comme il ventilait consciemment en novembre. Le pattern optimal est devenu automatisé.
VST et Haute Intensité : Le Couplage Rf-Tv-P
Les résultats présentés concernent l'endurance (VT1), où Rf diminue spectaculairement. Mais qu'en est-il lors d'efforts de haute intensité (HIT), où les besoins ventilatoires explosent ?
Une analyse complémentaire sur séance HIT révèle un aspect fondamental du protocole VST : la fréquence ventilatoire doit suivre la puissance.
Le principe : Rf suit naturellement la puissance
Contrairement à une idée reçue, le protocole VST ne vise pas à réduire Rf à toute intensité. Son objectif : établir un couplage optimal Rf-Tv pour chaque niveau de puissance.
Plus la puissance augmente, plus Rf doit augmenter — c'est physiologiquement normal et nécessaire.
L'amélioration ne se mesure pas par la réduction de Rf, mais par l'efficience ventilatoire : combien de watts produits par litre ventilé (P/Ve) ou par cycle respiratoire (P/Rf).
Résultats en Haute Intensité (HIT)
Sur une séance HIT réalisée 2,5 mois après le début du protocole, les données confirment ce principe :
Paramètre | Novembre | Février | Évolution |
Puissance (W) | 324 | 378 | +54W (+17%) |
Rf (cycles/min) | 35,5 | 36,8 | +1,3 (+4%) |
Tv (L) | 3,69 | 3,98 | +0,29L (+8%) |
P/Ve (W/L) | 2,55 | 2,59 | +0,04 (+2%) |
P/Rf (W/cycle) | 9,1 | 10,3 | +1,2 (+12%) |

Figure 2 : Lien Rf-Tv-Puissance sur différentes intensités (VT1 et HIT)
Interprétation : Une efficience accrue, pas une réduction de Rf
Les données HIT révèlent trois points cruciaux :
1. Rf suit la puissance : avec +54W de puissance, Rf augmente (+1,3 cycles/min). C'est normal et souhaitable.
2. L'efficience P/Ve s'améliore : chaque litre ventilé produit plus de watts (+2%).
3. L'efficience P/Rf explose : chaque cycle respiratoire produit +12% de puissance. Le couplage Rf-Tv est optimisé.
À retenir sur le HIT
Le protocole VST ne vise pas à "ventiler moins" à toute intensité. Il vise à ventiler mieux en trouvant le couplage optimal Rf-Tv pour chaque niveau de puissance.
En HIT, Rf monte naturellement avec la demande, mais l'efficience ventilatoire s'améliore drastiquement.
Résultat : +17% de puissance avec une économie respiratoire mesurable.
Mécanismes Physiologiques
Plasticité du contrôle respiratoire
La respiration est contrôlée par deux systèmes : automatique (tronc cérébral) et volontaire (cortex moteur).
Le protocole VST exploite la plasticité neuronale : à force de répétition, le pattern volontaire "lent et profond" finit par reprogrammer le contrôle automatique.
Réduction de l'espace mort ventilatoire
L'espace mort anatomique (trachée, bronches) représente ~150 mL par cycle. Comparons deux patterns pour 60 L/min de ventilation :
· Pattern rapide (nov) : Rf 26 × Tv 2,3L = ventilation alvéolaire 55,9 L/min
· Pattern profond (fév) : Rf 19 × Tv 3,16L = ventilation alvéolaire 57,2 L/min
Résultat : +2,3% d'efficience alvéolaire pour la même ventilation totale.
Conclusion
Le protocole Ventilatory Strategies Training démontre qu'il est possible d'optimiser durablement l'efficience respiratoire. En 2,5 mois, l'athlète a vu sa fréquence ventilatoire naturelle diminuer de 27% en endurance et son efficience exploser de 12% en haute intensité, preuve d'un transfert d'apprentissage moteur respiratoire contextualisé.
Au-delà des chiffres, cette étude ouvre une perspective enthousiasmante : la ventilation n'est pas une fatalité physiologique, mais un levier d'optimisation à part entière. Comme la technique de course, le pattern respiratoire peut être entraîné, affiné, perfectionné — et adapté à chaque intensité.
🔑 À retenir
· En endurance (VT1) : Rf ↓ -27%, Tv ↑ +27%
· En HIT : Rf ↑ +4% (suit la puissance), efficience P/Rf ↑ +12%
· Le pattern appris devient automatique en 2,5 mois
· Applicable à tous les sports d'endurance




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