Rhume, nez bouché et tests ventilatoires
- cyrilricci
- 3 janv.
- 5 min de lecture

Rhume, nez bouché et tests ventilatoires
Pourquoi vos scores S-Index, PIF et volumes inspiratoires chutent (et pourquoi ce n’est pas “grave”)
Dans le cadre du protocole de Ventilatory Strategy Training les athlètes réalisent régulièrement des tests inspiratoires maximaux ou l'on mesure :
- S-Index (force inspiratoire)
- PIF (Peak Inspiratory Flow)
- Volume inspiratoire maximal
- Parfois d’autres paramètres selon le matériel utilisé
Et ils ont peut‑être déjà remarqué :
Dès que j’ai un rhume / le nez bouché, mes scores sont moins bons
C’est normal, et ça s’explique très bien physiologiquement.
L’idée de cet article est d'appréhender le contexte mécanique pour expliquer ce phénomène et ne pas paniquer sur une baisse ponctuelle tout en gardant du sens dans le suivi longitudinal.
Quand vous avez un rhume, votre système ventilatoire n’est plus “neutre”
Un rhume / une rhinopharyngite, ce n’est pas juste un peu de morve :
- Les muqueuses (nez, sinus, parfois gorge, trachée) sont inflammées
- Les voies aériennes deviennent plus réactives et sensibles
- La sensation de gêne respiratoire est augmentée, même si les poumons en eux‑mêmes vont bien
- L’organisme est en mode réponse immunitaire : fatigue, courbatures, légère fièvre sont meme possibles, etc.
Résultat : même si vos muscles inspiratoires ont bien progressé grâce à l’entraînement, le contexte général est défavorable pour produire un vrai max sur les tests.
Pourquoi les valeurs de S-Index, PIF et volume inspiratoire max baissent
Résistance mécanique et inconfort
- Nez bouché = plus de résistance à l’entrée de l’air (surtout si vous gardez un schéma nasal)
- Ils basculent souvent vers la respiration buccale, moins naturelle pour certains d’entre eux désormais
- La gorge peut être irritée, ce qui donne envie de raccourcir les inspirations forcées
Sur un test de type S-Index / PIF / volume max :
- Ils n’osent pas aller au bout de l' inspiration maximale car c’est gênant, voire douloureux
- Le système nerveux joue la sécurité : il bride l’effort maximal pour éviter une sensation désagréable ou une quinte de toux
Même si les muscles sont capables de mieux, le corps choisit de ne pas tout donner.
Augmentation de la perception de l’effort respiratoire
Quand on est malade ou symptomes d'obstructions, pour un même volume d’air inspiré :
- La ventilation paraît plus difficile
- On atteint plus vite un seuil de “ça suffit”sur le plan sensoriel
Donc, au moment de faire un test :
- On coupe souvent l’inspiration un peu plus tôt
- On n’atteint pas le même volume max ni le même débit de pointe (PIF)
Les courbes le montrent, mais ce n’est pas un “recul” des qualités musculaires, c’est un changement de contexte sensoriel.
Fatigue générale et baisse de recrutement musculaire
Pendant un épisode infectieux :
- Le corps détourne une partie de l’énergie vers le système immunitaire
- On est plus fatigué globalement
- La capacité à recruter toutes les fibres musculaires à fond (y compris celles du diaphragme et des inspirateurs accessoires) est diminuée
Concrètement :
- Le S-Index, qui reflète la force inspiratoire maximale, a tendance à baisser
- Le PIF, qui dépend de la capacité à générer un flux rapide, chute aussi
- Les volumes inspiratoires maximaux sont plus bas parce que on ne va pas chercher la fin d’amplitude
Adaptations ventilatoires “par défaut”
Même sans s'en rendre réellement compte, avec un rhume on change souvent notre façon de ventiler :
- Inspiration plus fréquente mais moins profonde (hausse Rf, baisse Tv)
- Recherche d’un confort plus que d’une performance ventilatoire
- Moins de mobilisation costale et diaphragmatique maximale
Or les protocoles comme ceux utilisés dans les études de Cyril Ricci misent justement sur :
- Des inspirations structurellement profondes et efficaces
- Un contrôle fin du timing inspiratoire/expiratoire
- Une bonne coordination entre la technique ventilatiore et le mouvement
Quand le système est perturbé par un rhume, ces stratégies deviennent juste plus difficiles à appliquer.
Ce que ça veut dire (et ne veut pas dire) pour de la réalité des résuslats des tests et de la progression
Ce que ça ne veut PAS dire
- Qu'on a pas “perdu” les gains d’entraînement
- Que le protocole ne fonctionne plus
- Que les muscles inspiratoires sont redevenus “faibles”
Les études sur le RMT et les stratégies ventilatoires montrent que les adaptations :
- Se construisent sur plusieurs semaines
- Ne disparaissent pas parce qu’on a 5 jours de rhume
On note une baisse conjoncturelle, pas un retour à zéro.
Comment interpréter les données en période de rhume
Quelques règles simples :
1. Noter systématiquement dans le google sheet :
- “Rhume / nez bouché / infection ORL légère”
2. Considérer ces tests comme “hors norme” :
- On ne les utilise pas pour juger de la progression
- On les sépare visuellement / mentalement de nos séries de référence
3. **Comparez les valeurs post‑rhume non pas à celles du rhume, mais aux :
- Meilleures valeurs avant la maladie
- Meilleures valeurs stabilisées quelques jours après la guérison
Si, une fois remis, les chiffres remontent vers vos meilleurs scores précédents, c’est que l’entraînement a bien fait son travail.
Que faire concrètement quand on est malade ?
Sur les tests
Si le rhume est marqué (nez très bouché, grosse gêne) :
1. Éviter les tests max (S-Index, PIF max) au plus fort des symptômes
2. Si vous testez quand même : notez clairement que ce sont des valeurs “en période de rhume”
Reprendre des tests plus sérieux :
- Une fois que la respiration vous semble quasi normale
- Généralement 3–7 jours après la fin des symptômes principaux selon chacun
Sur l’entraînement ventilatoire
Garder éventuellement :
Des séances allégées, axées sur la technique / mobilité thoracique
Des intensités modérées, sans aller chercher la douleur ou la toux
Mettre en pause les séances si :
Fièvre
Sensations d'épuisement
La ventilation forcée déclenche toux, douleur thoracique ou malaise
Le but : ne pas transformer une infection bénigne en galère plus longue en tirant trop dessus.
Le message à retenir pour vous, athlètes
1. Oui, il est normal que vos S-Index, PIF et volumes inspiratoires max soient plus bas quand vous avez le nez bouché ou un rhume.
2. Non, cela ne remet pas en question l’efficacité du protocole de ventilatory strategy training.
3. Ces variations reflètent surtout :
- L’inflammation des voies aériennes
- La fatigue générale
- La modification de la perception de l’effort ventilatoire
4. On ne juge pas une progression sur des tests réalisés en période infectieuse.
5. Une fois remis, les valeurs remontent et reflètent de nouveau :
- Votre vrai niveau
- Les adaptations liées à l’entraînement ventilatoire







Commentaires