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Ventilation, performance et recherche de terrain : Une approche pragmatique de la physiologie de l’endurance

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

ventilatory system
ventilatory system

Position paper


Introduction


La ventilation est souvent considérée comme un facteur non limitant de la performance en endurance chez le sujet sain. Cette idée, répandue dans la littérature académique, repose sur des études menées dans des conditions contrôlées. Ces recherches visent à identifier des limites physiologiques globales, souvent à partir de protocoles incrémentaux ou maximaux. Cette approche est devenue une norme, au point de devenir un biais d'ancrage.


La performance en endurance ne se résume pas à la VO₂max ou à une capacité isolée. Elle résulte d’une interaction dynamique entre plusieurs systèmes, dans des contextes d’efforts spécifiques, répétés, transitoires et rarement maximaux. Ce position paper vise à clarifier une approche issue du terrain, fondée sur l’observation longitudinale, le monitoring individualisé et l’évolution réelle de la performance. Il ne s’agit pas de contester les modèles académiques existants, mais de proposer un cadre complémentaire, centré sur l’utilité pratique et la transférabilité.


La ventilation en endurance : D’une capacité supposée non limitante à une variable de performance individualisable


Clarification conceptuelle et mise en cohérence de Ventilatory Strategies Training et A New Dimension of Performance


La ventilation est souvent exclue du champ de la performance en endurance, car elle ne limiterait pas le VO₂max chez l’athlète entraîné. Cette affirmation contient une part de vérité. Cependant, c'est précisément en s’arrêtant à cette vérité partielle que naissent des raccourcis conceptuels et des incohérences physiologiques importantes.


Cet article a un double objectif :


  1. Clarifier le malentendu scientifique autour de la ventilation.

  2. Présenter de manière cohérente le cadre et la continuité de mes deux premières études :

  3. Ventilatory Strategies Training

  4. A New Dimension of Performance


Ces travaux ne cherchent pas à faire de la ventilation un facteur limitant universel. Ils proposent une autre lecture : celle d’une variable fonctionnelle, dynamique et individualisable, agissant sur le coût, la cinétique et l’expression de la performance.


1. Le postulat fondamental : performance ≠ VO₂max


La première confusion concerne la définition même de la performance en endurance.

La performance n’est pas le VO₂max. Elle est la puissance (ou la vitesse) soutenable pour un VO₂ donné, et en particulier la puissance associée au VO₂max (PVO₂max).

Cette puissance dépend directement :

  • du coût énergétique global,

  • de l’efficacité mécanique,

  • de l’efficacité métabolique,

  • et du coût des systèmes nécessaires à l’effort.


La ventilation fait partie de ces systèmes. Deux athlètes peuvent présenter :

  • un VO₂max similaire,

  • une ventilation maximale suffisante,

et pourtant exprimer des performances très différentes, simplement parce que leur coût énergétique et leur dynamique diffèrent.


2. Concession initiale : la ventilation ne limite généralement pas le VO₂max


→ Limite du raisonnement : confondre non-limitant et non-influent


Oui, chez la majorité des athlètes entraînés :

  • la capacité ventilatoire est suffisante,

  • la saturation artérielle est maintenue,

  • le VO₂max n’est pas plafonné par la ventilation.


Cependant, un système qui ne limite pas une capacité maximale peut néanmoins :

  • consommer de l’énergie,

  • présenter une inertie,

  • fatiguer,

  • influencer la répartition des ressources,

  • impacter la récupération.


👉 Un système actif et coûteux ne peut pas être considéré comme neutre par principe.


Cette confusion fréquente en sciences du sport consiste uniquement à utiliser la capacité physiologique maximale (ex. VO₂max) comme proxy prédictif de la performance. Même si cela est une position robuste, le manque de nuance ou le fait de s'arrêter sur cette dernière ne serait-il qu'une lecture partielle et potentiellement incorrecte de cette association dans l'équation globale de la performance ?


En effet, qu'en serait-il de la puissance w/kg à cette capacité maximale ? Dans la majorité des disciplines d’endurance, la performance se joue aussi énormément :

  • à des intensités sous-maximales,

  • sur des durées prolongées,

  • avec des transitions fréquentes,

  • et des phases de récupération incomplètes.


Dans ce contexte, la performance dépend moins d’un plafond physiologique que de la capacité à gérer les transitions, à limiter les perturbations métaboliques précoces et à maintenir l’efficacité globale du système. La ventilation ne doit donc pas être évaluée uniquement comme une capacité maximale, mais comme une variable dynamique, impliquée dans ces phases critiques.


La ventilation n’est ni un simple reflet passif de la demande métabolique, ni une capacité figée. Elle est :

  • modulable,

  • entraînable,

  • sensible au contexte de l’effort,

  • et fortement interindividuelle.


Sur le terrain, les observations montrent que :

  • des stratégies ventilatoires non individualisées peuvent dégrader la performance,

  • une mauvaise coordination fréquence respiratoire / volume courant augmente le coût ventilatoire,

  • la ventilation influence la cinétique de VO₂, notamment lors des débuts d’effort et des changements d’intensité.


Ces éléments ne remettent pas en cause les lois fondamentales de la physiologie respiratoire, mais soulignent que la manière dont la ventilation s’organise dans le temps peut influencer l’expression de la performance.


3. Les perturbations limitantes en endurance


La majorité des perturbations limitantes en endurance apparaissent précocement :

  • déficit transitoire d’oxygène,

  • recours accru aux voies glycolytiques,

  • accumulation rapide de métabolites,

  • dérive ventilatoire et cardiaque.


Ces phénomènes sont particulièrement marqués lors :

  • des débuts d’effort,

  • des accélérations,

  • des répétitions d’efforts.


Une approche centrée uniquement sur les états stables ignore ces moments clés. À l’inverse, l’étude de la cinétique des réponses physiologiques — notamment ventilatoires — permet de mieux comprendre pourquoi deux athlètes présentant des capacités similaires peuvent produire des performances différentes.


Les périodes immédiatement avant et après un effort sont largement sous-étudiées, alors qu’elles conditionnent :

  • la dette métabolique initiale,

  • la vitesse d’accès à l’intensité cible,

  • la qualité de la récupération,

  • et la capacité à répéter l’effort.


Les stratégies ventilatoires appliquées dans ces phases ne visent pas à augmenter artificiellement la performance, mais à :

  • réduire l’inertie des systèmes,

  • améliorer la coordination physiologique,

  • accélérer le retour vers un état fonctionnel.


Ces stratégies prennent tout leur sens dans des contextes réels de performance, où les marges de progression sont faibles mais déterminantes, où les efforts sont souvent tour à tour stochastiques, à récupération parfois incomplètes, et passant par de longs intermèdes continus à diverses intensités.


4. Une approche de recherche appliquée


Cette approche s’inscrit dans une logique de recherche appliquée, où le marqueur principal de validité est l’évolution de la performance dans le temps. Les données utilisées reposent sur :

  • des mesures répétées,

  • des profilages individualisés,

  • des comparaisons intra-individuelles,

  • et des observations longitudinales.


Cette méthodologie présente des limites reconnues (effectifs réduits, hétérogénéité des contextes), mais elle offre une forte validité écologique. Elle ne prétend pas établir des lois universelles, mais identifier des leviers pertinents dans des contextes spécifiques.


L’approche défendue ici ne s’oppose pas à la recherche académique. Elle en est complémentaire. Là où le laboratoire cherche à isoler, le terrain cherche à intégrer. Là où la science fondamentale décrit les mécanismes, la recherche appliquée explore leur exploitabilité. Les stratégies ventilatoires individualisées ne sont pas présentées comme une solution universelle, mais comme un champ d’investigation légitime, méritant d’être étudié avec des méthodologies adaptées.


Conclusion sur la Ventilation


La ventilation ne doit ni être surévaluée, ni écartée a priori du champ de la performance en endurance. Elle doit être replacée dans un cadre dynamique, contextualisé et individualisé. L’approche de terrain, fondée sur la cinétique, les transitions et la récupération, ouvre des perspectives nouvelles pour comprendre et optimiser la performance réelle. Ce position paper plaide pour une reconnaissance de ces approches pragmatiques, non comme des alternatives à la science, mais comme des extensions nécessaires de celle-ci.


Conclusion sur mes travaux


Mon travail ne prétend ni redéfinir les fondements de la physiologie de l’exercice, ni identifier un facteur limitant universel de la performance en endurance. Il s’inscrit dans une approche appliquée, de terrain, visant à mieux comprendre comment certaines variables physiologiques, souvent considérées comme secondaires, peuvent influencer significativement l’expression de la performance dans des contextes réels, spécifiques et individualisés.


Les résultats observés montrent que, lorsque la ventilation devient un objet d’entraînement et de stratégies à part entière, des adaptations mesurables émergent :

  • amélioration des capacités ventilatoires,

  • meilleure tolérance à des efforts cibles,

  • évolution de la performance,

  • perception fonctionnelle positive rapportée par les athlètes.


Ces évolutions ne constituent pas une preuve de causalité stricte, mais elles traduisent des changements réels, reproductibles et pertinents du point de vue de l’entraînement. L’objectif de ce travail n’est pas de substituer les modèles existants, mais de proposer un cadre complémentaire, centré sur la cinétique, la régulation et l’individualisation des réponses ventilatoires, en lien avec les exigences spécifiques de l’effort et de la récupération.


Il s’agit d’une démarche exploratoire, ouverte, destinée à nourrir la réflexion, à guider la pratique et à encourager de futures investigations plus contrôlées. En définitive, ce travail défend l’idée que la performance ne se résume pas à des valeurs maximales isolées, mais à la capacité de l’athlète à mobiliser efficacement ses ressources dans le temps, sous contrainte, et à répéter ces efforts. À ce titre, la ventilation, loin d’être uniquement une conséquence du métabolisme, apparaît comme un levier d’optimisation fonctionnelle lorsqu’elle est comprise, entraînée et intégrée de manière individualisée dans le processus de performance.


Pour ceux qui veulent découvrir ou recouvrir les 2 études :


Effects of Respiratory Muscle Training and Ventilatory Strategies on the Performance of Professional Cyclists


Ventilatory Strategies : A New Dimension of Sports Performance

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